Ovide coach séduction: Pick-up artists, les origines

[Avertissement: incitation au viol, valorisation des agressions sexuelles]

Pick-up artists, séduction et culture du viol

Si vous êtes un peu connecté.e.s aux réseaux sociaux féministes, vous avez sûrement entendu parler de la polémique concernant Julien Blanc (#TakeDownJulienBlanc), un « coach séduction » qui a réussi avec une conférence prônant l’agression sexuelle comme technique de drague et une vidéo de lui agressant de jeunes japonaises par surprise à se faire interdire un visa par l’Australie, le Brésil et la Corée, où il devait se rendre pour prodiguer ses « conseils » (pas tout à fait gratuitement non plus, la solidarité masculine viriliste a ses limites – business is business). Ce jeune coach a par exemple eu la bonne idée de détourner des campagnes destinées à aider les femmes à identifier les comportements violents et sexistes de leur conjoint, en postant cette image sous le titre: « How to make her stay »…

Sans développer trop sur ce point, ce genre de détournement illustre parfaitement le très vieux débat entre un argument anti-féministe et la lutte féministe contre les violences sexuelles: celle de la place de la séduction dans les rapports homme/femme.

Un argument anti-féministe très fréquent est que les féministes seraient logiquement opposées à toute forme de séduction parce qu’elles l’interpréteraient immédiatement comme du harcèlement (« m’enfin, siffler une fille, c’est un compliment »), une agression (« que reste-t-il de nos amours » et ses fameux « baisers volés »), voire un viol (« Certes, certes, DSK est un séducteur, mais un violeur, non, enfin!!!! »). Le tout taxé de « puritanisme américain » dès que l’on évoque la nécessité de mettre fin au harcèlement sexuel au travail par exemple…

Cette image d’un féminisme « américain » puritain ou pudibond est également à l’origine de l’expression « féminisme à la française », qui est devenu le terme associé à quelques auteur.e.s (minoritaires) qui ont voulu opposer une supposée tradition libertine de séduction propre à notre culture française (Watteau, Fragonard, Boucher, toussa) à un non moins supposé féminisme américain qui ne comprend rien à la séduction. Ce très bon article de Slate revient sur les différents mythes qui permettent à la France de faire l’autruche concernant les problèmes de sexisme en brandissant un contre-modèle (imaginaire) bien repoussant…

Dans la vive polémique entre l’historienne Joan Scott et la sociologue Irène Théry, ce sont surtout ces propos d’Irène Théry qui ont été cités (ici):

Mon sentiment est que, par-delà mes convictions, le féminisme à la française est toujours vivant. Il est fait d’une certaine façon de vivre et pas seulement de penser, qui refuse les impasses du politiquement correct, veut les droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés.

La mobilisation contre les séances de coaching de Julien Blanc se situe en plein dans cette difficulté de lier séduction et égalité des sexes. La société RSD qui emploie Julien Blanc et organise des conférences de coaching en séduction dans le monde entier a un nom éloquent: « Real Social Dynamics » – cette société prend comme argument de vente principal son approche pragmatique de la séduction. Comprenez: on s’en fout si nos méthodes reposent sur de gros stéréotypes sur les femmes (voire des mythes sur le viol), l’important c’est que ça MARCHE…

Les sites et agences de coaching en séduction sont aussi des habitués des incitations au viol ou à l’agression déguisés en « conseils » entre mecs pour mettre les filles dans leur lit et y faire preuve de sa performance virile. Côté coaching sexe, le site artdeseduire proposait aussi une série d’incitations explicites au viol comme conseils pour gérer au pieu (on peut trouver quelques explications sur des blogs comme cafaitgenre ou lesquestionscomposent).

L’Art d’aimer: « le latin, c’est pas c’que vous croyez »

La thématique des « conseils de drague » n’est pas nouvelle… en fait, elle est tellement ancienne qu’en lisant sur RSD et Julien Blanc, j’ai voulu relire le petit bouquin au programme du bac de latin quand j’étais en terminale, connu pour être le premier manuel de séduction européen: L’art d’aimer.

En fait, je n’avais pas lu le texte en terminale, nous nous étions contentées de traduire quelques passages célèbres (le prologue, Ulysse et Calypso, etc.). J’ai donc découvert la dure vérité… Ovide est un auteur génial qui a inspiré toute la poésie amoureuse française, qui a complètement façonné l’imaginaire métaphorique de ses héritiers, et surtout c’est un auteur moderne, tellement moderne qu’on a l’impression de lire un mélange entre les conseils de coaching séduction et les magazines féminins…

Alors, c’est vrai qu’en traduction française on perd toute la musicalité du distique élégiaque, mais tout de même.

Ce qui est le plus étonnant, c’est que L’Art d’aimer est toujours présenté comme un truc super licencieux, complètement subversif, qui prône l’amour libre et le plaisir des sens, et qui a valu l’exil à son auteur à cause de la politique de ce coincé d’Auguste qui voulait remoraliser les romains. Certes, ça l’était sans aucun doute, mais on a en quelque sorte un mythe autour de L’art d’aimer qui inscrit le poème d’Ovide comme le père d’une littérature qui parle ENFIN de sexe et de séduction, bref, Ovide -> Ronsard -> Marivaux -> Choderlos de Laclos -> Musset -> [magazines féminins et Julien Blanc]. Qui a dit que l’héritage littéraire était apaisé?

Je pense que nous avons reconstruit une image du passé qui fait que tout ce qui traite 1) explicitement de sexe 2) de relations hors-mariages 3) fondées sur le plaisir et non la procréation, serait d’une modernité absolue et détruirait l’oppression de la femme dans le mariage arrangé et la maternité.

Le féminisme déconstruit cette relecture depuis un certain temps, et il me semble que L’art d’aimer est tout à fait représentatif de ce type d’aveuglement au sexisme dans la valorisation de la séduction (entendez: « dans les pays musulmans, les femmes doivent porter la burqa, heureusement, chez nous les femmes ont des mini-jupes et des talons »): YOUPIII nous ne sommes pas des coincés-pudibonds-puritains, nous sommes LIBERE-E-S.

L’art d’aimer jouit donc de cette réputation qui le rend absolument insoupçonnable de conservatisme. Qu’on se le répète, L’art d’aimer est une œuvre d’une incroyable modernité!9782842053055-fr-300Petite anecdote personnelle, il y a eu récemment une conférence sur L’art d’aimer dans ma prépa, et l’affiche montre assez bien cette volonté de « dépoussiérer » le latin à coup de titres djeuns… En fait, elle montre aussi très bien la proximité de l’ouvrage d’Ovide avec ses équivalents contemporains. Je pense que le fait qu’il figurait au programme du bac latin relève aussi d’une certaine angoisse des profs de latins qui veulent montrer que si, le latin c’est sexy.ob_60d115_1525775-10202085634695225-1328692626-nSauf que… après ma lecture, j’étais quand même très partagée. Il y a autant de choses étonnantes que de passages consternants. J’ai donc pris soigneusement mon crayon et je me suis amusée à relever tout ce qui me semblait être directement problématique et vous propose maintenant un petit relevé commenté… L’essentiel de ces passages sont situés dans la première partie, consacrée à la séduction des femmes par les hommes (ma partie « pick-up artists »). La deuxième partie explique comment garder sa conquête, et relève donc moins de la séduction. La troisième partie, enfin, est adressée aux femmes (ma partie « magazine féminin »).

Ovide PUA: le consentement? manquerait plus qu’ça!

Le prologue est probablement l’extrait le plus connu de L’art d’aimer. On y voit une stratégie rhétorique assez évidente et reprise par les coachs séductions: se réclamer d’une approche pragmatique, technique parce qu’on a soi-même pu tester ses « trucs » auprès d’un grand nombre de proies…

C’est l’expérience qui me dicte cet ouvrage: écoutez un poète instruit par la pratique.

Ovide passe en revue les lieux favorables à la drague. En parlant des jeux au théâtre, comme il aime bien citer des exemples anciens un peu illustres, il parle forcément de l’enlèvement des Sabines, vous savez quand les Romains qui n’avaient pas de femmes invitent leurs voisins à faire de grands jeux pour enlever les vierges et les marier de force? (sauf qu’après ce sont les filles qui mettent fin à la guerre entre Romains et Sabins parce que les femmes sont pacifiques, qu’elles sont gentilles, aiment la paix et leurs maris).

On entraîne de force ces femmes, proie destinée au lit nuptial, et plus d’une a pu s’embellir de sa crainte même. Si quelqu’une se montrait trop rebelle et repoussait son compagnon, l’homme la soulevait, la portait seul, pressée avec passion contre sa poitrine et lui disait: « Pourquoi gâter par des larmes tes jolis yeux? Ce que ton père est pour ta mère, je le serai pour toi. » Romulus, toi seul a su donner ces occasions aux soldats; donne-moi les mêmes occasions et je serai soldat. C’est assurément par fidélité à cette antique coutume que, maintenant encore, le théâtre est plein de pièges pour les belles.

Je traduis (le latin c’est fait pour ça): aaaah le viol, c’était le bon temps, en plus elles sont sexy quand elles pleurent. Si seulement on pratiquait un peu plus le viol de guerre, y’aurait plus de vocations militaires… Ovide dit très clairement que la séduction découle du modèle du viol: avant, au théâtre, on violait; maintenant, bah on séduit, question d’époque.

Ovide enchaîne donc avec toutes les agressions sexuelles permises au cirque:

Si, comme il arrive, il vient à tomber de la poussière sur la poitrine de ta belle, que tes doigts l’enlèvent ; s’il n’y a pas de poussière, enlève tout de même celle qui n’y est pas.

En gros, le cirque, c’est le métro de l’époque: Ovide encourage les frotteurs et agresseurs en tout genre à profiter des avantages du lieu…

Assieds-toi contre celle qui te plaît, tout près, nul ne t’en empêche ; approche ton flanc le plus possible du sien ; heureusement la dimension des places force les gens … à se serrer, et les dispositions du lieu obligent la belle à se laisser toucher.

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Toutes ces incitations à agresser sexuellement les femmes sont justifiées exactement avec les mêmes arguments qu’aujourd’hui. Cela fait partie des mythes sur le viol, et Ovide illustre très bien ceux-ci: les femmes vous disent non mais elle veulent dire oui; les femmes veulent forcément coucher avec vous; les femmes aiment que vous vous passiez de leur consentement, que vous ayez l’initiative et que vous les preniez violemment:

Peut-être recevras-tu d’abord une lettre de mauvaise augure, où elle te demandera de cesser tes poursuites : ce qu’elle te demande, elle craint de l’obtenir ; ce qu’elle ne demande pas, elle le souhaite, elle souhaite que tu sois plus pressant ; poursuis et bientôt tu verras tes vœux accomplis.

Les débats sur le harcèlement sexuel, vous vous souvenez?

Même si elle ne rend pas [tes baisers], prends-les sans qu’elle les rende. D’abord elle résistera peut-être et t’appellera « insolent » ; tout en résistant, elle désirera d’être vaincue. (…) Prendre un baiser et ne pas prendre le reste, c’est mériter de perdre même les faveurs accordées : Qu’attendais-tu, après un baiser, pour réaliser tous tes vœux ? Hélas ! Tu as fait preuve de grossièreté, et non de retenue. Ç’aurait été de la violence, dis-tu ; mais cette violence est agréable aux femmes ; ce qu’elles aiment à donner, souvent elles veulent l’accorder malgré elles. Une femme prise de force brusquement par un vol amoureux, s’en réjouit ; cette insolence vaut pour elle un présent.

Suivent plusieurs exemples de femmes qui ont été violées, mais au final, qui ont bien kiffé.

Phébé fut violée ; sa soeur fut victime d’un viol : l’une et l’autre n’en aimèrent pas moins celui qui les avait prises. (…) C’est à la force que [Déidamie] céda (du moins il faut le croire), mais elle ne fut pas fâchée d’avoir à céder à la force. (…) La pudeur interdit à la femme de commencer certaines caresses, mais il lui est agréable de les recevoir quand un autre en prend l’initiative.

Une grande partie des conseils de séduction d’Ovide se situent en plein dans la culture du viol. Pourtant, dans la petite introduction de mon Art d’aimer, édition bac latin, l’introduction précise « dans son traité, Ovide revendique l’égalité des sexes »… WTF?

Le présupposé du texte est que si les hommes sont timides/repoussés/juste respectueux du consentement de leur partenaire, c’est qu’ils ne sont pas assez conscients que les femmes n’attendent que ça!

Avant tout, que ton esprit soit bien persuadé que toutes les femmes peuvent être prises : tu les prendras, tends seulement tes filets. (…) Celle-même, dont tu pourras croire qu’elle ne veut pas, voudra.

J’oubliais le meilleur dans le coaching séduction ovidien: après avoir expliqué aux hommes qu’il fallait violer les femmes, Ovide explique aux femmes comment ne pas être violées. Vous savez, comme la police hongroise qui fait des super clips contre le viol?

Quel spectacle honteux qu’une femme étendue par terre, gorgée de vin ! Elle mérite que le premier venu la prenne. Elle ne peut non plus, à table, s’abandonner au sommeil sans courir de risques : le sommeil permet ordinairement bien des choses qui offensent la pudeur.

Voilà, on achève sur un bon gros mythe sur le viol: les femmes ivres (et endormies???) méritent d’être violées. Tout va bien.

Ovide, célèbre conseiller en image

A ce stade, l’ambiance est un peu plombée, donc j’enchaîne avec le livre III, celui où Ovide donne des conseils aux femmes; ça commence pas si mal apparemment: Ovide explique aux femmes comment séduire les hommes. C’est ce que voulait dire la préface de mon bouquin – on aurait en fait un manuel parfaitement symétrique, qui détruirait le fonctionnement patriarcal de la séduction. Il faut dire qu’Ovide fait tout pour nous en convaincre, allant même jusqu’à dire qu’il va contre son propre intérêt en donnant des conseils aux femmes:

Marchez au combat à armes égales (…) Il n’était pas juste que vous vous mesuriez, nues, à des ennemis armés : pour vous aussi, hommes, il serait honteux de vaincre dans ces conditions. (…) Je vais tout livrer à l’ennemi. (…) Que l’importe mon intérêt ? Je poursuivrai loyalement mon entreprise et donnerai aux femmes de Lemnos des armes pour me tuer.

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The parent trap (1998)

 

Mais quels sont exactement ces conseils? C’est là qu’on entre dans la partie « magazine féminin » agrémenté d’un peu de Christina Cordula:

Le noir va bien à un teint de neige (…) Le blanc va bien aux brunes. (…) L’art n’embellit la figure que s’il ne se montre pas. (…) Si tu es petite, assieds-toi, de peur que, debout, on ne te croie assise, et étends ta menue personne sur le lit ; même là, couchée, pour qu’on ne puisse juger de ta taille, jette sur toi une robe qui te cache tes pieds. Trop mince, habille toi de vêtements en tissu qui étoffe ; qu’un large manteau pende de tes épaules. As-tu le teint pâle ? Porte des vêtements rayés de couleurs éclatantes. Trop brun ? Emprunte le secours des blancs tissus de Pharos. Un pied difforme doit toujours se cacher dans une chaussure blanche en cuir fin ; qu’une jambe sèche ne se montre jamais sans lacets. De minces coussinets conviennent aux épaules saillantes ; qu’un corset ceigne une poitrine plate.

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Le problème de cette apparente « symétrie » des conseils d’Ovide, c’est qu’ils demandent en fait que la femme fasse sans cesse attention… au regard des hommes. Est-ce la manière dont je m’assieds me met en valeur? Est-ce que la couleur de mon manteau va à mon teint? etc. Ah oui, et l’indispensable: il faut se maquiller, mais pas trop… sinon ça fait vulgaire ma chérie. Et il faut s’épiler aussi, sinon c’est pas sexy (enfin, la baaaase quoi):

J’ai été sur le point de vous avertir qu’un bouc farouche ne devait pas loger sous vos aisselles et que vos jambes ne devaient pas être hérissées de poils rudes. Mais mes leçons ne s’adressent pas à aux filles qui vivent sur les rochers du Caucase… Ce serait comme vous recommander de ne point laisser, par négligence, noircir vos dents et de vous laver, chaque matin, le visage à votre table de toilette.

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Bref, il n’y a pas de grande différence entre les conseils beauté de auféminin.com et ceux d’Ovide, si ce n’est qu’Ovide, lui, s’est fait chier à tout écrire en distiques élégiaques.

La symétrie est donc fondamentalement illusoire: la femme n’a aucun rôle actif dans la séduction, aucune initiative. Qu’est-ce qui a pu pousser un-e prof de lettres classiques à écrire que l’Art d’aimer est un manifeste pour l’égalité des sexes?

Ovide et les conseils sexo: valoriser le plaisir féminin?

Les seules passages vraiment convaincants pour faire passer L’art d’aimer pour une œuvre révolutionnaire sur le plan de la condition féminine, c’est ce qui concerne l’importance donné au plaisir féminin. Vous savez, le truc que les féministes essaient de valoriser avec des campagnes comme « Osez le clitoris » qui passent plus ou moins bien?

Ovide consacre la fin du livre II et la fin du livre III à des propos explicites sur la sexualité. On peut lui accorder cela : Ovide a compris qu’il n’y avait pas que le pénis dans la vie. Le fait de trouver des pratiques sexuelles d’abord destinées au plaisir féminin est assez étonnant.

Dans le lit, la main gauche ne restera pas inactive. Les doigts trouveront à s’occuper du côté où mystérieusement l’Amour plonge ses traits.

Au cas où on aurait des doutes, Ovide nous précise qu’Hector masturbait Andromaque, donc n’hésitez plus ! Ovide valorise aussi l’orgasme simultané :

Mais ne va pas, déployant plus de voiles que ton amie, la laisser en arrière, ou lui permettre de te devancer dans ta course. Hâtez-vous de conserve vers la borne ; c’est le comble de la volupté, lorsque, vaincus tous deux, femme et homme demeurent étendus sans force. (livre II)

Que la femme sente le plaisir de Vénus l’abattre jusqu’au plus profond de son être, et que la jouissance soit égale pour son amant et pour elle ! (livre III)

Là où ça devient plus étrange, c’est quand Ovide explique qu’il faut simuler même si on ressent rien du tout… Un peu comme les magazines féminins qui expliquent que quand on n’a pas envie de sexe il faut se forcer (et indiquent les positions pour faire l’amour vite fait bien fait).

Même toi, à qui la nature a refusé les sensations de l’amour plaisir, feins, par des inflexions mensongères, de goûter les douces joies.

Ovide invite aussi la femme à choisir la position sexuelle… mais celle qui la met en valeur (« ma chériiiiie, ta position, elle est pas du tout adaptée à ta morphologie »).

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Pourquoi vend-on Ovide comme un auteur féministe?

Bilan: pour l’égalité des sexes, il vaut mieux lire Le deuxième sexe. Certes Ovide propose un idéal de liberté sexuelle qui semble émanciper les femmes de leur rôle de matrone, mais le modèle de séduction qu’il propose reste essentiellement patriarcal – la subversion de l’art d’aimer est d’autant plus limitée que ce modèle n’a pas évolué depuis 2000 ans dans les écrits qui prodiguent des conseils de « séduction »… En particulier, les mythes sur le viol et le glissement du modèle patriarcal de séduction à l’agression sexuelle ou au viol est une constante. Zemmour dirait que le problème est que pragmatiquement, un homme ne peut pas bander face à une femme qu’il respecte. Dans ce cas, on en reste à Ovide…

Les propos d’Ovide ne sont pas particulièrement étonnants, puisqu’on peut trouver des centaines d’écrits similaires, quoique moins célèbres. Ce qui me dérange, c’est cette aura de subversion qui entoure l’œuvre, et le fait qu’elle soit valorisée comme « plus proche de notre temps », ou susceptible de favoriser l’intérêt des adolescents pour le latin. Justement parce que les stéréotypes de L’art d’aimer sont encore largement répandus dans nos sociétés, il me semble problématique de fermer les yeux sur les questions de genre dans l’ouvrage.

La préface de mon édition scolaire ajoute:

Ovide va même plus loin que revendiquer l’égalité des sexes, puisqu’il va jusqu’à suggérer à l’amant de devenir l’esclave de sa maîtresse, en lui conseillant de ne pas hésiter à se soumettre aux moindres désirs de cette dernière, d’accomplir pour elle de tâches qui sont précisément celles des esclaves.

Là on est quand même en train nous dire que limite, Ovide instaure le matriarcat, qu’en plus d’être féministe, il propose un modèle où c’est l’homme qui serait soumis à la femme.

C’est justement toute l’illusion qu’une grande partie de la littérature libertine entretient: celle que les femmes parviennent à subvertir le patriarcat en suscitant l’amour d’un homme, amoureux transi, qui devient leur esclave. De même que les publicités incitant à « adopter un mec » ne sont pas le signe que nous sommes entrés dans une société de l’homme-objet, aucune égalité des sexes ne peut se satisfaire de ce modèle amoureux où les relations entre les sexes sont uniquement pensées comme une marge de manœuvre à l’intérieur d’un modèle politique patriarcal.

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