La littérature a-t-elle quelque chose à nous dire sur l’amour?

« Comment faire lire les classiques? » : voilà une question centrale que les enseignant⋅e⋅s de français, les parents, voire les adultes d’une façon générale posent de façon récurrente, constatant que les enfants et les adolescent⋅e⋅s se dirigent davantage vers d’autres formes de pratiques culturelles, d’autres littératures ou d’autres médias, comme la bande dessinée ou la littérature jeunesse (à la fois valorisées parce que « au moins ils lisent » et soupçonnées de ne pas être de la « vraie littérature »). Cette volonté, qui n’est pas nouvelle, de « faire lire les classiques » dans une période où la légitimité culturelle d’autres productions s’accroît, sans pénétrer pour autant le cœur de l’institution scolaire, produit de nouvelles stratégies pédagogiques : il s’agit de renouveler les méthodes de lecture et d’appropriation du texte, souvent d’ailleurs en désacralisant en partie ce rapport au texte (on peut jouer avec l’oeuvre en la prolongeant, en la détournant sur le mode « et si… »), et surtout en montrant la « modernité » ou l’ « actualité » des classiques. L’idée, assez juste au demeurant, est qu’il est plus simple de faire étudier des classiques à des élèves qui y voient un intérêt, qui y prennent plaisir, qui puissent s’approprier un matériau peu familier à partir de pratiques culturelles plus familières – on ruse en passant ponctuellement par la bande dessinée, des adaptations cinématographiques ou par les outils numériques – ou de questionnements personnels. La stratégie est susceptible de s’étendre aux adultes, qui eux non plus ne lisent plus les classiques (et lisent moins que les enfants d’ailleurs), puisqu’ils ne vont plus à l’école.

Quel meilleure façon d’actualiser les classiques, dans cette perspective, que de parler d’amour ? Voilà un sujet qui intéresse tout le monde, et surtout des adolescent⋅e⋅s en construction, qui habituellement distraits de la réflexion par leurs hormones, pourraient enfin rediriger leur libido naissante vers une thématique qui réconcilie le corps et l’esprit, investissement personnel et intérêt intellectuel… Cela tombe bien puisque la littérature française, pleine de magnificence et de galanterie, accorde une place privilégiée au désir, à l’amour et à la séduction, et propose un panel de textes sur neuf siècles tout à fait à propos.

Sans vouloir condamner ces stratégies pédagogiques qui me semblent tout à fait intéressantes, j’aimerais réfléchir à certains écueils politiques et éthiques propres à la transmission de textes liés à l’amour ou la séduction. Je m’appuierai pour cela sur deux initiatives, l’une pleinement institutionnelle, l’autre non-scolaire, à destination du grand public :

(1) l’inscription de l’axe « Dire l’amour » dans les nouveaux programmes du collège, pour les classes de 4è, et les outils institutionnels actuellement disponibles pour les enseignant⋅e⋅s.

(2) je m’attarderai principalement sur un petit ouvrage paru en 2017, La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con sous-titré « coaching littéraire pour séduire en 7 étapes » écrit par Sarah Sauquet, enseignante de français.

Je renvoie également à certaines remarques que j’avais déjà formulées à propos de l’édition scolaire de L’art d’aimer d’Ovide, au programme du bac de latin il y a quelques années, dans un billet que j’avais intitulé « Ovide coach séduction« . Ces appuis sont forcément incomplets puisqu’une étude de terrain serait nécessaire pour aborder la question de façon satisfaisante ; je me permets donc d’emprunter une voie un peu oblique, qui j’espère n’invalide pas ma réflexion, mais qui constitue une limite méthodologique importante.

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L’étiquette « féminine » en littérature : lectures de filles, écriture de filles (1/2)

Première partie: lectures de filles

1. « That’s a chick’s movie » : réflexivité des comédies romantiques


Deux comédies romantiques de Nora Ephron, You’ve got mail et Sleepless in Seattle, mettent en scène de façon humoristique la célèbre incompatibilité des goûts esthétiques des deux sexes : les femmes rêvent en lisant Jane Austen et pleurent en regardant An affair to remember ; les hommes citent Le Parrain et ne pleurent que devant Les douze salopards. Une incompréhension profonde se manifeste lorsqu’un homme et une femme tentent de partager leurs goûts respectifs.

Les deux films qui mettent en scène cette rupture sont eux-mêmes inscrits dans cette division du marché cinématographique en genres (genre) sexo-spécifiques. Or cette division va de pair avec une dévalorisation importante des chick flicks, qui n’ont jamais gagné la respectabilité que les cinéphiles ont fini par accorder aux screwball comedies ou à d’autres comédies romantiques du cinéma hollywoodien classique parlant (les années 30, 40 et 50). En-dehors des films adoubés par la critique (et en France, par la Nouvelle Vague), il est de bon ton de se moquer du goût tout féminin pour les histoires sentimentales, comme le fait Joe Fox (Tom Hanks) à l’égard de la lecture d’Orgueil et Préjugés par Kathleen Kelly (Meg Ryan) :

JOE : I didn’t know you were a Jane Austen fan. Not that it’s a surprise. I bet you read it every year. I bet you just love Mr. Darcy, and that your sentimental heart beats wildly at the thought that he and whatever her name is are really, honestly and truly going to end up together. […]

KATHLEEN : The heroine of Pride and Prejudice is Elizabeth Bennet and she’s one of the greatest, most complex characters ever written, not that you would know.

On remarque que les références citées par les femmes sont caractérisées, outre leur intrigue sentimentale, par la présence de personnages féminins placés au premier plan, tandis que les références citées par les hommes ne comprennent aucun personnage féminin important.

Dans The shop around the corner de Lubitsch, dont You’ve got mail reprend l’intrigue (un homme et une femme tombent amoureux par correspondance anonyme mais se connaissent et se détestent dans la réalité) et la scène du premier rendez-vous, on oppose Anna Karénine et Crime et châtiment, cette fois sans hiérarchie de valeur entre les deux, mais on retrouve à nouveau un roman comprenant un personnage principal féminin (qui n’est pas le seul du roman), une femme adultère, face à un roman construit autour d’un personnage masculin. Étonnamment d’ailleurs, The shop around the corner n’a pas comme son remake la réputation d’être un film pour filles, alors qu’il s’agit de la même intrigue.

Il est difficile de dire si ces références dans les deux films de Nora Ephron figent ou non la division, reconduisant un préjugé de type « les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » (d’ailleurs ils regardent des films de guerre et de gangsters, elles préfèrent les histoires d’amour), ou au contraire problématisent cette division en mettant en évidence la dépréciation dont fait l’objet la sentimentalité des lectures féminines. Mais la réponse de Kathleen dans You’ve got mail souligne bien un aspect fondamental des œuvres dépréciées pour leur lecture sentimentale : la présence des personnages féminins développés.

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Atelier de réflexion « Œuvres et violences sexuelles » à l’ENS de Lyon

L’association féministe Les Salopettes, dont je fais partie, a organisé il y a deux semaines à l’ENS de Lyon un atelier de réflexion sur la question de l’enseignement d’œuvres qui représentent des violences sexuelles. Les discussions ont été particulièrement riches et intéressantes, à partir de réflexions d’enseignant⋅e⋅s, de doctorant⋅e⋅s et d’étudiant⋅e⋅s.

Vous pouvez lire le compte-rendu détaillé des échanges sur le blog de l’association: COMPTE-RENDU

Le refus du mot « viol » chez Annie Ernaux

a14597[Avertissement: ce billet comporte un récit de viol, et mentionne des troubles du comportement alimentaire]

J’ai beaucoup parlé sur ce blog de violences sexuelles et de littérature, et j’ai souvent insisté sur la nécessité de « poser le bon mot », de qualifier correctement ce qu’on lit, même s’il faut pour cela utiliser des termes qui semblent anachroniques. Plusieurs discussions récentes, de surcroît, s’interrogeaient sur la façon dont on pouvait réagir à un récit de viol de la part d’un⋅e proche qui n’utilisait pas le terme comme cadre d’analyse (en particulier le très bon billet sous forme de BD « Appeler un viol un viol »): peut-on imposer ce mot à quelqu’un qui ne l’utilise pas spontanément pour qualifier son expérience?

Après avoir lu le dernier ouvrage d’Annie Ernaux, Mémoire de fille, j’aimerais interroger et préciser cette position. J’essaierai ici de décrire mon inconfort et ma perplexité face à cet ouvrage (vraiment magnifique par ailleurs), en posant des questions auxquelles je n’ai pas forcément de réponse: si ce billet ne ressemble pas à grand chose, c’est normal.

Pour commencer, je reproduis l’extrait qui forme le récit de l’expérience sur laquelle Annie Ernaux revient dans son livre: sa première expérience sexuelle, en 1958, alors qu’elle est animatrice dans une colonie de vacances:

Ils sont dans sa chambre à elle, dans le noir. Elle ne voit pas ce qu’il fait. A cette minute, elle croit toujours qu’ils vont continuer de s’embrasser et de se caresser au travers des vêtements sur le lit. Il dit « Déshabille-toi ». Depuis qu’il l’a invitée à danser, elle a fait tout ce qu’il lui a demandé. Entre ce qui lui arrive et ce qu’elle fait, il n’y a pas de différence. Elle se couche à côté de lui sur le lit étroit, nue. Elle n’a pas le temps de s’habituer à sa nudité entière, son corps d’homme nu, elle sent aussitôt l’énormité et la rigidité du membre qu’il pousse entre ses cuisses. Il force. Elle a mal. elle dit qu’elle est vierge, comme une défense et un explication. Elle crie. Il la houspille: « J’aimerais mieux que tu jouisses plutôt que tu gueules! » Elle voudrait être ailleurs mais elle ne part pas. Elle a froid. Elle pourrait se lever, rallumer, lui dire de se rhabiller et de s’en aller. Ou elle, se rhabiller, le planter là et retourner à la sur-pat. Elle aurait pu. Je sais que l’idée ne lui en est pas venue. C’est comme s’il était trop tard pour revenir en arrière, que les choses doivent suivre leurs cours. Qu’elle n’ait pas le droit d’abandonner cet homme dans cet état qu’elle déclenche en lui. Avec ce désir furieux qu’il a d’elle. Elle ne peut pas imaginer qu’il ne l’ait pas choisie – élue – entre toutes les autres.

La suite se déroule comme un film X où la partenaire de l’homme est à contretemps, ne sait pas quoi faire parce qu’elle ne connaît pas la suite. Lui seul en est le maître. Il a toujours un temps d’avance. Il la fait glisser au bas de son ventre, la bouche sur sa queue. Elle reçoit aussitôt la déflagration de sperme qui l’éclabousse jusque dans les narines. Il n’y a pas plus de cinq minutes qu’ils sont entrés dans la chambre.

Je suis incapable de trouver dans ma mémoire un sentiment quelconque, encore moins une pensée. La fille sur le lit assiste à ce qui lui arrive et qu’elle n’aurait jamais imaginé vivre une heure avant, c’est tout. (p.43-44)

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Le viol en littérature: perspectives d’enseignement

Je remercie les personnes qui ont pris le temps de témoigner de leur expérience d’élève ou d’enseignant⋅e sur ce sujet. Un immense merci également à @placardobalais, à l’initiative de ce projet, pour son travail et ses réflexions.

Cette réflexion prolonge des pistes esquissées dans deux billets publiés il y a quelques mois: « Un viol disparaît: zone grise et mère coupable » et « Petit guide littéraire et mythologique pour violer mais pas trop violemment » . Leur rédaction était directement liée à des difficultés survenues en cours pour aborder certains textes; l’analyse littéraire des textes y est davantage développée que dans ce billet, plus théorique et abstrait.

Encore un coup des campus américains!

Comme en France, proposer de sensibiliser les enfants aux notions d’égalité homme/femme et initier une réflexion sur les stéréotypes de genre provoque aussitôt de grands cris, la réflexion sur la place des violences sexuelles dans l’enseignement de textes littéraires nous parvient surtout à travers quelques articles présentant cette question comme une curiosité des campus américains, relayée par des journaux français avec une certaine ironie, quand ce n’est pas carrément avec mépris, comme cet article de rue89 intitulé “Attention, étudiants fragiles”:

Les campus américains sont atteints de fièvre anxieuse aiguë  : des jeunes y réclament que les profs apposent des «  avertissements de contenu  » sur les livres, films et documents utilisés en classe.

C’est en partie parce que cette réflexion n’existe pas en France que les initiatives portées dans les universités américaines sont souvent réduites à l’outil généralement mis en avant: les trigger warnings (1).

Un article plus mesuré de Violaine Morin dans Le Monde mentionnait ainsi cet outil en portant un jugement sévère sur son développement:

Avec l’apparition de la mention « TW » dans les programmes de cours, certains universitaires ont vivement critiqué une forme de censure et l’approbation donnée à une « hypersensibilité » qui ne prépare pas les étudiants à la vie réelle. Une tribune publiée dans le Guardian rappelait alors que « dans la vie, la violence n’arrive pas toujours précédée de la mention “TW” ». On s’inquiétait de voir se retourner un outil censé protéger les victimes de traumatismes en un moyen de se couper de tout sentiment négatif. Or, comme le rappelle le Guardian, la mention “TW” « coupe les étudiants de certains débats » et empêche l’université d’accomplir sa mission d’éducation, qui consiste à pousser les étudiants à se confronter à d’autres univers que le leur.

Les étudiant⋅e⋅s qui soulèvent la question utilisent probablement eux-mêmes ce terme: c’est un outil militant très répandu dans les milieux féministes en particulier, mais il faut rappeler son contexte d’utilisation. Une mention de type “[TW viol]” figurera au début d’un tweet ou en tête d’un message, d’un article de blog, en suivant le sens de lecture habituel d’un site internet, où l’on peut visualiser un contenu ligne par ligne, et donc arrêter sa lecture. Sa forme ramassée ou l’usage des crochets contribuent à en faire un jalon immédiatement repérable. C’est donc un outil propre aux modes de communication numériques, qui n’est pas conçu pour offrir une grande précision sur le contenu, et qui suppose que cette convention soit connue des participant⋅e⋅s, en général au sein d’un espace militant.

Cette réduction en amène une autre: on passe du problème de la mise en place d’un enseignement bienveillant à l’idée d’une censure des oeuvres à cause des “caprices” d’étudiant⋅e⋅s “fragiles”. L’article de Violaine Morin glisse ainsi de la demande d’avertissement à la perspective effrayante d’une censure, d’un tri radical dans le canon – il s’agirait de mettre à la poubelle une vingtaine d’auteurs majeurs:

Imaginons ce que représenterait un tel projet en France. Signaler tous les contenus violents, racistes, antisémites ou sexistes des programmes de littérature à l’université, ce serait donner aux étudiants la possibilité de refuser de lire, au bas mot: Homère, Ovide, Virgile, Chrétien de Troyes, Rabelais, Corneille, Racine, La Fontaine, Voltaire, Hugo, Claudel, Céline, Genet et même Proust… […] Chez nous, on se couperait alors d’auteurs comme Aimé Césaire, Assia Djebar ou encore Kateb Yacine.

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Genèse des sexes: tout, tout, tout, vous saurez tout sur le zizi

Je remercie les deux enseignantes qui m’ont fait découvrir les textes évoqués dans ce billet: M. Rosellini et M.-P. Halary. Je m’appuie en particulier sur le cours et le travail de M.-P. Halary pour commenter le fabliau et pour évoquer les enjeux idéologiques du texte. Un très grand merci également à F.-R. Dubois pour ses corrections et ses suggestions pour la traduction du fabliau.

Certaines formulations de ce billet reconduisent le postulat cis-normatif selon lequel est homme/masculin qui possède un pénis et femme/féminin qui possède un vagin. Je ne préciserai pas systématiquement ce que ces associations ont de discutable: je les utilise lorsqu’elles relèvent de l’idéologie de référence des textes, et non comme des évidences. J’espère que l’approche de mon billet, qui étudie justement la construction de ces liens, est suffisamment claire sur ce point.

Je partage avec vous quelques réflexions réalisées à l’occasion d’un oral de littérature du XVIIe sur… le SEXE.

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Zardoz, John Boorman

Making sex: dépasser la binarité sexe / genre

Beaucoup de gens ont réfléchi à l’anatomie des organes sexuels (mais aussi aux fluides sexuels, à l’orgasme, etc.) et surprise: ils n’écrivent pas du tout la même chose, ne réfléchissent pas dans le même cadre, n’ont pas les mêmes préjugés ni les mêmes paradigmes épistémologiques ou politiques.

Un historien, Thomas Laqueur, a eu la bonne idée d’étudier sur ce sujet les discours médicaux et scientifiques entre l’Antiquité et le XIXe siècle environ, dans un bouquin très intéressant, Making Sex: Body and Gender From the Greeks to Freud, traduit en français par La fabrique du sexe: Essai sur le corps et le genre en Occident. Thomas Laqueur montre que notre manière de penser sexe et genre comme un rapport nature (corps objectif) / culture (les constructions sociales de genre) est récente, et naît au XVIIIe siècle. La division des genres (les hommes et les femmes sont des rôles distincts dans la société selon un rapport hiérarchique de domination et d’obéissance) est alors remotivée par une différence anatomique. Cette division était auparavant évidente, et il n’était pas indispensable de l’ancrer dans deux sexes biologiquement, physiquement, objectivement différents.

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L’homme parfait parle chiffons et lit des romans de filles

(même les critiques les plus stupides comprenaient que Hamlet n’était pas seulement l’histoire d’un type qui cherche à tuer son oncle, ou encore que La Ballade du vieux marin traitait d’autre chose que de la cruauté envers les animaux, mais il était surprenant de voir le nombre de gens pour qui les romans de Jane Austen n’étaient que de simples guides pour trouver l’Homme Parfait)

David Lodge, Changement de décor
(traduction d’Yvonne et Maurice Couturier)

Je suis la première à être énervée par la réduction des romans de Jane Austen à des histoires sentimentales en costume d’époque, réduction accentuée par certaines adaptations dans lesquelles la finesse et l’humour de l’oeuvre disparaissent au profit de mises en scène clicheteuses et surfaites (vous ne pensiez tout de même pas que j’allais commencer un billet sur Jane Austen sans cracher sur l’adaptation de 2005 de Pride and prejudice?).

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7 clichés se cachent dans ce gif, saurez-vous les reconnaître?

Certes, les romans de Jane Austen ne sont pas de simples guides pour trouver l’homme parfait. Faut-il pour autant considérer que cette dimension est secondaire (voire méprisable)? Raisons et Sentiments, Orgueil et Préjugés ou Northanger Abbey ne sont pas des « guides », mais la figure de « l’Homme Parfait » y est bien présente, à travers une série de personnages masculins engagent différents modèles de masculinité et de relation conjugale.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur Darcy, bien sûr, mais je voudrais m’arrêter dans ce billet sur un personnage assez singulier de l’oeuvre d’Austen: Henry Tilney, le principal personnage masculin de Northanger Abbey, le premier roman achevé par Jane Austen, rédigé lorsqu’elle avait entre vingt-trois et vingt-quatre ans. Ce roman reste assez peu connu.

Ce qui caractérise le personnage d’Henry Tilney, c’est son goût pour des loisirs ou des centres d’intérêt traditionnellement féminins: les vêtements et les romans. Dans les deux passages où ces intérêts sont développés, on insiste à chaque fois sur l’étonnement que cela suscite chez les personnages féminins, et en particulier chez l’héroïne, Catherine Morland.

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