Le viol en littérature: perspectives d’enseignement

Je remercie les personnes qui ont pris le temps de témoigner de leur expérience d’élève ou d’enseignant⋅e sur ce sujet. Un immense merci également à @placardobalais, à l’initiative de ce projet, pour son travail et ses réflexions.

Cette réflexion prolonge des pistes esquissées dans deux billets publiés il y a quelques mois: « Un viol disparaît: zone grise et mère coupable » et « Petit guide littéraire et mythologique pour violer mais pas trop violemment » . Leur rédaction était directement liée à des difficultés survenues en cours pour aborder certains textes; l’analyse littéraire des textes y est davantage développée que dans ce billet, plus théorique et abstrait.

Encore un coup des campus américains!

Comme en France, proposer de sensibiliser les enfants aux notions d’égalité homme/femme et initier une réflexion sur les stéréotypes de genre provoque aussitôt de grands cris, la réflexion sur la place des violences sexuelles dans l’enseignement de textes littéraires nous parvient surtout à travers quelques articles présentant cette question comme une curiosité des campus américains, relayée par des journaux français avec une certaine ironie, quand ce n’est pas carrément avec mépris, comme cet article de rue89 intitulé “Attention, étudiants fragiles”:

Les campus américains sont atteints de fièvre anxieuse aiguë  : des jeunes y réclament que les profs apposent des «  avertissements de contenu  » sur les livres, films et documents utilisés en classe.

C’est en partie parce que cette réflexion n’existe pas en France que les initiatives portées dans les universités américaines sont souvent réduites à l’outil généralement mis en avant: les trigger warnings (1).

Un article plus mesuré de Violaine Morin dans Le Monde mentionnait ainsi cet outil en portant un jugement sévère sur son développement:

Avec l’apparition de la mention « TW » dans les programmes de cours, certains universitaires ont vivement critiqué une forme de censure et l’approbation donnée à une « hypersensibilité » qui ne prépare pas les étudiants à la vie réelle. Une tribune publiée dans le Guardian rappelait alors que « dans la vie, la violence n’arrive pas toujours précédée de la mention “TW” ». On s’inquiétait de voir se retourner un outil censé protéger les victimes de traumatismes en un moyen de se couper de tout sentiment négatif. Or, comme le rappelle le Guardian, la mention “TW” « coupe les étudiants de certains débats » et empêche l’université d’accomplir sa mission d’éducation, qui consiste à pousser les étudiants à se confronter à d’autres univers que le leur.

Les étudiant⋅e⋅s qui soulèvent la question utilisent probablement eux-mêmes ce terme: c’est un outil militant très répandu dans les milieux féministes en particulier, mais il faut rappeler son contexte d’utilisation. Une mention de type “[TW viol]” figurera au début d’un tweet ou en tête d’un message, d’un article de blog, en suivant le sens de lecture habituel d’un site internet, où l’on peut visualiser un contenu ligne par ligne, et donc arrêter sa lecture. Sa forme ramassée ou l’usage des crochets contribuent à en faire un jalon immédiatement repérable. C’est donc un outil propre aux modes de communication numériques, qui n’est pas conçu pour offrir une grande précision sur le contenu, et qui suppose que cette convention soit connue des participant⋅e⋅s, en général au sein d’un espace militant.

Cette réduction en amène une autre: on passe du problème de la mise en place d’un enseignement bienveillant à l’idée d’une censure des oeuvres à cause des “caprices” d’étudiant⋅e⋅s “fragiles”. L’article de Violaine Morin glisse ainsi de la demande d’avertissement à la perspective effrayante d’une censure, d’un tri radical dans le canon – il s’agirait de mettre à la poubelle une vingtaine d’auteurs majeurs:

Imaginons ce que représenterait un tel projet en France. Signaler tous les contenus violents, racistes, antisémites ou sexistes des programmes de littérature à l’université, ce serait donner aux étudiants la possibilité de refuser de lire, au bas mot: Homère, Ovide, Virgile, Chrétien de Troyes, Rabelais, Corneille, Racine, La Fontaine, Voltaire, Hugo, Claudel, Céline, Genet et même Proust… […] Chez nous, on se couperait alors d’auteurs comme Aimé Césaire, Assia Djebar ou encore Kateb Yacine.

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Autrices, programmes et canon: mais est-ce si grave? (3)

On peut donc expliquer pourquoi il n’y a historiquement pas autant de femmes que d’hommes qui écrivent, pourquoi encore moins sont étudiées en classe, faire des efforts pour retrouver celles qui ont été oubliées, repenser l’histoire littéraire, révolutionner notre façon de concevoir le canon scolaire et universitaire, bon, bon… mais finalement, est-ce si grave de n’étudier (presque) que des écrivains?

Qui étudie le canon littéraire, qui l’enseigne?

Les cours de français entre la 6è et la 1ère sont fondés sur la transmission du canon littéraire, dans le cadre d’enseignements non-optionnels: l’enjeu concerne alors aussi bien les filles que les garçons.

Toutefois, dès que l’enseignement de la littérature relève d’une spécialisation, on trouve essentiellement des filles, comme le souligne Françoise Cahen dans sa pétition à propos des programmes de terminale littéraire:

A un type de classe composé en majorité de filles et des profs de lettres qui sont majoritairement des femmes, quel message subliminal veut-on faire passer?  Avec Bonnefoy, Jaccottet, Quignard, la littérature contemporaine a souvent été à l’honneur. Mais avec de bons chromosomes Y.

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Autrices, programmes et canon: « Mais on ne peut pas refaire l’histoire! » (2)

Dans la première partie de ce billet, on a vu que la proportion d’autrices dans les programmes d’agrégation et des ENS tournait autour de 5%. Pour le dire autrement, les auteurs y sont 19 fois plus nombreux que les autrices. Les études qui portent sur les manuels de français du secondaire donnent des chiffres proches.

Une fois ce constat posé, quels problèmes et enjeux implique la présence ou l’absence d’autrices dans les programmes du secondaire ou des concours de recrutement, et plus largement dans le canon littéraire français? En somme, pourquoi lisons-nous si peu d’œuvres écrites par des femmes?

L’accès à l’écriture et à la publication: une question de genre

Il faut d’abord évoquer la question des conditions matérielles d’accès à l’écriture: écrire suppose en général d’avoir reçu une éducation, notamment littéraire, d’avoir du temps, d’être éventuellement dégagé des tâches qui échoient traditionnellement aux femmes, et d’avoir une certaine indépendance financière. Ces conditions matérielles ont été résumées par la formule célèbre de Virginia Woolf:

All I could do was to offer you an opinion upon one minor point—a woman must have money and a room of her own if she is to write fiction.

Le simple fait d’écrire ou de ne pas écrire, si l’on exclut les délires psychologisants qui expliquent que les femmes ne ressentent pas le besoin de création parce qu’elles peuvent donner la vie, est lié au genre: le désir et l’activité d’écriture ne sont pas dissociables du genre (éducation, positions sociales et symboliques, modèles, …). Virginia Woolf, dans sa conférence « Professions for Women », décrit ainsi l’expérience de l’écriture comme une lutte violente contre une norme sociale intériorisée, celle de « l’ange du foyer », d’une féminité douce et rassurante, incompatible avec l’écriture:

And when I came to write I encountered her with the very first words. The shadow of her wings fell on my page; I heard the rustling of her skirts in the room. Directly, that is to say, I took my pen in my hand to review that novel by a famous man, she slipped behind me and whispered:

« My dear, you are a young woman. You are writing about a book that has been written by a man. Be sympathetic; be tender; flatter; deceive; use all the arts and wiles of our sex. Never let anybody guess that you have a mind of your own. Above all, be pure. »

And she made as if to guide my pen. I now record the one act for which I take some credit to myself […] I turned upon her and caught her by the throat. I did my best to kill her. My excuse, if I were to be had up in a court of law, would be that I acted in self-defence. Had I not killed her she would have killed me. She would have plucked the heart out of my writing.

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Autrices, programmes et canon: les chiffres (1)

[article mis à jour après la publication du programme de l’agrégation 2018]

Cette année encore, une pétition souligne l’absence complète d’autrices au programme de lettres de terminale littéraire. L’an dernier, c’était une élève qui avait relevé l’omniprésence des hommes dans les programmes; cette année, c’est au tour d’une enseignante, Françoise Cahen, de s’en indigner:

Le nouvel auteur au programme de littérature en terminale L est André Gide, avec son roman Les faux monnayeurs. C’est un beau livre, écrit par un auteur important qui mérite d’être étudié. Ce n’est pas lui, le problème.

Mais jamais une auteure femme n’a été au programme de littérature en terminale L. Nous ne demandons pas la parité entre artistes hommes et femmes. Nous aimerions que les grandes écrivaines comme Marguerite Duras, Mme de Lafayette, Annie Ernaux,  Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé… soient aussi régulièrement un objet d’étude pour nos élèves.

Aux épreuves anticipées de français du bac, cette année, aucune autrice n’est présente contre 12 auteurs dans les différents corpus de textes du bac de français. Un article du Monde, « Où sont les femmes? », propose des chiffres précis et des graphiques sur cette question.

Plus tôt dans l’année, la sélection officielle du festival d’Angoulême a fait l’objet d’un mouvement de boycott de la part de dessinatrices et autrices indignées par l’absence de femme dans cette sélection, alors que les noms d’autrices ayant une carrière riche et digne d’intérêt derrière elles ne manquaient pas. On pourrait citer de nombreux autres exemples, pour appuyer ce constat: l’absence de femmes dans une sélection d’œuvres culturelles jugées dignes d’être étudiées ou d’être saluées choque, et les explications maladroites de ceux qui établissent ces listes ne passent plus.

La pétition de Françoise Cahen sur les programmes de terminale se poursuit en avançant que le problème était propre au lycée, tandis que dans les programmes d’agrégation ou des concours des ENS, « les femmes [ne] sont pas complètement oubliées ». Certes, pas complètement. Il serait intéressant de voir exactement ce qu’il en est.

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Petit guide littéraire et mythologique pour violer mais pas trop violemment

[Avertissement: représentations picturales et récits de viols] 

« Si nos élèves avaient l’occasion de réapprendre par cœur un peu de notre poésie française, lire des œuvres de Ronsard comment pourraient-ils encore maltraiter une jeune fille ? »

Je sais bien que ça va finir par ressembler à de l’acharnement, mais je voudrais profiter de mon année d’agrégation pour répondre à une proposition de François-Xavier Bellamy, adversaire des ABCD de l’égalité et défenseur de la transmission de la culture française, de remplacer l’éducation à l’égalité par la lecture des poèmes de Ronsard. Il faut dire que c’est quand même osé: la solution semble tellement évidente, d’une simplicité qui lui donne une aura d’idée géniale – la réponse était donc, là, sous nos yeux, dans cet héritage culturel que nous avons renoncé à transmettre à l’école?

Je simplifie bien sûr, la solution, ce n’est pas seulement Ronsard, c’est aussi raconter le procès de Jeanne d’Arc, les recherches de Marie Curie (parce qu’on vous a déjà parlé d’une autre femme scientifique à l’école à vous?), mais surtout, surtout lire de la poésie parce que toute la finesse des relations entre hommes et femmes dans la culture française se trouve là. L’idée revient tout le temps dans les ouvrages, conférences, interventions de François-Xavier Bellamy, mais je vous cite juste un extrait de son audition au Sénat, le 19 Mars 2015.

« Je suis convaincu que [lutter contre le sexisme] n’est ni superflu ni irréaliste et doit constituer une priorité, ayant eu l’occasion de constater dans de nombreux établissements, notamment situés dans des zones défavorisées, que le sexisme est une réalité. […]

Il suffit d’ailleurs de s’intéresser à certaines productions de ce que l’on appelle les « cultures urbaines » pour constater que l’image de la femme y est souvent dégradée, maltraitée. Dans notre espace public même, nous devons reconnaître qu’à travers la publicité, le sexisme et la dévalorisation de la femme sont souvent une réalité. […]

Si, par miracle, nos élèves avaient l’occasion de temps en temps de réapprendre par cœur un peu de notre poésie française, lire des œuvres de Ronsard, Verlaine, Musset, Chénier, comment pourraient-ils encore mal parler à une jeune fille ou la maltraiter ? »

Il s’agit ainsi de dessiner un schéma binaire, d’opposer aux « cultures urbaines » (je ne pense pas qu’elles entrent dans la définition qu’a François-Xavier Bellamy de la culture), celles des « zones défavorisées », mais aussi celles de la mondialisation libérale ou de la société de consommation, la publicité en premier lieu, citée ici (je ne crois pas que par « espace public », FX Bellamy essaie de faire de l’humour sur le comportement de certains sénateurs à qui il s’adresse, malheureusement), à une culture française ancrée dans une tradition millénaire (Jeanne d’Arc), où se trouverait l’élaboration d’un modèle de relation entre hommes et femmes fondé sur le respect et la différence.

Cassandre, Europe et Danaé: l’imaginaire du viol dans le sonnet 20 des Amours

C’est vrai qu’à première vue, je trouvais ça mignon Les Amours, les 19 premiers sonnets, ça passait – certes, le côté Muse idéalisée je n’étais pas fan au départ, mais bon, c’est la poésie amoureuse du XVIè siècle, et ça ne peut pas être si terrible. Et puis, j’arrive au sonnet 20, et je me frotte les yeux, je relis trois fois, je regarde les notes, mais non, c’est bien ça:

Je voudroi bien richement jaunissant
En pluïe d’or goute à goute descendre
Dans le beau sein de ma belle Cassandre,
Lors qu’en ses yeus le somme va glissant.

Je voudroi bien en toreau blandissant
Me transformer pour finement la prendre,
Quand elle va par l’herbe la plus tendre
Seule à l’escart mile fleurs ravissant.

Je voudroi bien affin d’aiser ma peine,
Estre un Narcisse, et elle une fontaine,
Pour m’i plonger une nuit à séjour ;

Et voudroi bien que cette nuit encore
Durât tousjours sans que jamais l’Aurore
D’un front nouveau nous rallumât le jour.

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Déconstruction et transmission de la culture: rapport en crise ou rapport critique à l’héritage culturel?

Ce billet complète une analyse critique d’une conférence de FX Bellamy, publiée ici en Août 2015.

Sur quoi se fonde en effet le concept de genre, et le discours actuel sur le genre ? Il se fonde sur un soupçon à l’égard de la culture. Nous sommes en conflit avec la nature, et nous sommes aussi en conflit avec la culture. Quand Madame Vallaud-Belkacem répète à longueur de temps qu’il faut déconstruire les stéréotypes sexistes, elle affirme en fait que la culture est saturée de clichés sur les hommes et sur les femmes, et qu’il s’agit de les supprimer progressivement pour que nous puissions devenir enfin des êtres libres.
De fait, toute notre société, et toute la modernité en général, sont habitées par cette idée profonde selon laquelle la culture, tout ce qui nous a été transmis et qui a formé le regard que nous portons sur le monde, aliène notre liberté. La conception du monde, les valeurs, les normes et les règles qui habitent notre culture pèsent sur nous et nous enferment. C’est la raison pour laquelle la transmission de la culture est devenue en soi un problème.

François-Xavier Bellamy évoque dans cette conférence de 2014, accueillie par les AFC de Garches, Saint-Cloud et Vaucresson, la nécessité d’une réconciliation avec la culture, après avoir développé la nécessité d’une réconciliation avec la nature. C’est aussi la thématique principale de son ouvrage Les Déshérités (que je n’ai pas lu, et que je ne pourrai donc pas commenter). Ce point m’intéresse tout particulièrement, parce que c’est en réfléchissant aux mêmes problématiques que celles que soulève FX Bellamy (l’héritage, sa transmission, notre rapport à la culture, plein de choses passionnantes), mais surtout pour désamorcer ce genre de discours (assez répandu dans la droite conservatrice) que je tiens ce blog

Je ne vais pas prétendre que la transmission de la culture n’est pas devenue un problème – les réflexions philosophiques, sociologiques, politiques du XXè siècle ont en effet largement contribué à faire de la culture un problème. Mais une autre question se pose: est-ce vraiment embêtant que la culture devienne un problème? Faut-il s’inquiéter parce que notre rapport à la culture est maintenant problématique? Commencer à réfléchir sur un objet, quel qu’il soit, à adopter une démarche réflexive, c’est le problématiser, ce n’est pas le renier ou le détruire! En fait c’est bien la première fois que j’entends un prof de philo se plaindre qu’on problématise un objet.

François-Xavier Bellamy dénonce l’utilisation même du concept de genre pour aborder la culture. C’est vrai, le genre est un outil d’analyse qui a une portée critique (et polémique) très forte. Mais est-ce que la culture doit faire l’objet d’une admiration béate devant l’héritage? Peut-on se dispenser d’une démarche réflexive face à cet héritage? La culture doit-elle être cette chose sacrée et transparente face à laquelle il ne faut SURTOUT convoquer AUCUN outil d’analyse critique et plus généralement s’abstenir de toute contextualisation sociale et historique des productions culturelles?

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Ovide coach séduction: Pick-up artists, les origines

[Avertissement: incitation au viol, valorisation des agressions sexuelles]

Pick-up artists, séduction et culture du viol

Si vous êtes un peu connecté.e.s aux réseaux sociaux féministes, vous avez sûrement entendu parler de la polémique concernant Julien Blanc (#TakeDownJulienBlanc), un « coach séduction » qui a réussi avec une conférence prônant l’agression sexuelle comme technique de drague et une vidéo de lui agressant de jeunes japonaises par surprise à se faire interdire un visa par l’Australie, le Brésil et la Corée, où il devait se rendre pour prodiguer ses « conseils » (pas tout à fait gratuitement non plus, la solidarité masculine viriliste a ses limites – business is business). Ce jeune coach a par exemple eu la bonne idée de détourner des campagnes destinées à aider les femmes à identifier les comportements violents et sexistes de leur conjoint, en postant cette image sous le titre: « How to make her stay »…

Sans développer trop sur ce point, ce genre de détournement illustre parfaitement le très vieux débat entre un argument anti-féministe et la lutte féministe contre les violences sexuelles: celle de la place de la séduction dans les rapports homme/femme.

Un argument anti-féministe très fréquent est que les féministes seraient logiquement opposées à toute forme de séduction parce qu’elles l’interpréteraient immédiatement comme du harcèlement (« m’enfin, siffler une fille, c’est un compliment »), une agression (« que reste-t-il de nos amours » et ses fameux « baisers volés »), voire un viol (« Certes, certes, DSK est un séducteur, mais un violeur, non, enfin!!!! »). Le tout taxé de « puritanisme américain » dès que l’on évoque la nécessité de mettre fin au harcèlement sexuel au travail par exemple…

Cette image d’un féminisme « américain » puritain ou pudibond est également à l’origine de l’expression « féminisme à la française », qui est devenu le terme associé à quelques auteur.e.s (minoritaires) qui ont voulu opposer une supposée tradition libertine de séduction propre à notre culture française (Watteau, Fragonard, Boucher, toussa) à un non moins supposé féminisme américain qui ne comprend rien à la séduction. Ce très bon article de Slate revient sur les différents mythes qui permettent à la France de faire l’autruche concernant les problèmes de sexisme en brandissant un contre-modèle (imaginaire) bien repoussant…

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